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L’Europe accorde 800 millions d’euros…

… au projet Lyon-Turin malgré les suspicions de fraude

 

La Commission européenne l’a annoncé ce mardi 29 juin. Elle compte verser 813 millions d’euros de subventions à la France pour le Lyon-Turin, ce grand projet de nouvelle ligne ferroviaire qui doit relier Paris et Milan en quatre heures en passant sous les Alpes via un tunnel – à creuser – de 57 kilomètres.

Entre les conséquences écologiques, les conflits d’intérêts (Voir notre article et le cas révélé par Politis en févier), les soupçons de fraudes, d’implication de la mafia, l’explosion des coûts et la répression des opposants au projet, le Lyon-Turin fait rarement parler de lui en bien.

Dans ce climat, l’annonce de la subvention conséquente de la Commission européenne pourrait apparaître comme une bonne nouvelle pour Tunnel Euralpin Lyon Turin, le promoteur public chargé du projet [1]. Pourtant, le montant promis par la Commission est en fait bien en deçà de ce que Paris avait demandé à Bruxelles. La France réclamait 1,28 milliard d’euros de subventions européennes pour sa part des dépenses sur la période 2014-2020, sur un montant prévisionnel évalué à 3,06 milliards d’euros [2]. La somme est donc loin de ce qui était attendu.

Deux fois le déficit de la sécurité sociale

Le coût global du projet n’est de toute façon pas encore fixé. Le montant avancé est de 8,5 milliards d’euros. Un chiffre largement « sous-évalué », selon Daniel Ibanez, de la Coordination des opposants au projet Lyon-Turin. Dans une évaluation de 2012, la Cour des comptes tablait en effet plutôt sur 26 milliards d’euros, soit plus de trois fois plus.

Pour un projet qui pourrait donc engloutir deux fois le déficit de la Sécurité sociale, la nouvelle subvention européenne fait pâle figure. « Ces 813 millions, ce n’est qu’une opération de communication pour tenter de rendre le projet irréversible, malgré l’indisponibilité du financement et les conflits d’intérêts », juge Daniel Ibanez.

Par ailleurs, la Commission européenne promet cette somme alors même que le projet fait l’objet d’une enquête de l’Office européen de lutte contre la fraude, l’Olaf. L’organisme a lancé une investigation en février suite à sa saisie par deux députées européennes d’EELV, Michèle Rivasi et Karima Delli. Elles avaient transmis à l’Olaf les documents réunis par les opposants au projet. Au 30 juin 2015, l’enquête était toujours en cours.

La marche contre le Lyon-Turin partie de Chimilin (2ème partie)

Ce mardi 30 juin, des opposants à la ligne à grande vitesse entre Lyon et Turin ont entamé une marche jusqu’à la frontière italienne, le long du tracé de ce projet ferroviaire qu’ils contestent.   

© Joëlle Ceroni

© Joëlle Ceroni

70 manifestants environ, qui portaient des drapeaux « No Tav » (Non au TGV) en référence au mouvement italien, ont pris le départ peu après 10 heures de Chimilin. « L’idée c’est d’appeler les gens à s’organiser, à se retrouver. On veut permettre au mouvement français de faire preuve d’autant d’imagination dans la lutte que le mouvement No Tav en Italie », a expliqué Julien, un jeune militant.

© Joëlle Ceroni

La marche, qui compte une dizaine d’étapes, avec quelques portions en voiture, doit s’arrêter essentiellement dans des communes opposées au projet. Des débats, conférences et concerts sont prévus à chaque étape, jusqu’à l’arrivée au col du Mont-Cenis, en Savoie, à la frontière italienne, le 10 juillet, où les militants français retrouveront leurs homologues italiens. Ce mardi, la maire de Chimilin, Monique Chabert, a accompagné les marcheurs dans les premiers kilomètres de leur itinéraire. « La commune est hostile au projet depuis 1992 car il est surdimensionné, très onéreux et inutile », a-t-elle déclaré. Reportage Joëlle Ceroni et Dominique Bourget

 
 

 
La marche des No Tav

Intervenant : Monique Chabert, maire de Chimilin

Le projet de LGV prévoit notamment la construction d’un viaduc d’une vingtaine de mètres de hauteur au-dessus de l’autoroute A43 sur la commune de Chimilin. « Cette marche est intéressante pour sensibiliser un public plus large », a estimé Mme Chabert. Parmi les opposants, Fanette, 36 ans, est venue marcher deux jours « pour rencontrer des gens, discuter avec eux de l’impact » du futur chantier. « C’est un projet qui a été décidé de façon non démocratique et qui vise à servir les intérêts de quelques entreprises de BTP et pas l’intérêt général », a-t-elle affirmé.

L’Europe va financer 40% du tunnel ferroviaire

Lundi, la Commission européenne a proposé que le tunnel transfrontalier de la future ligne LGV reçoive un premier versement de 813,8 millions d’euros de l’Union européenne pour la période 2016-2020. C’est moins que les 1,2 milliard d’euros réclamés fin février par la France et l’Italie. Le tunnel transfrontalier, plus long que le tunnel sous la Manche, devrait coûter 8,6 milliards d’euros au total et être financé à 25% par la France, 35% par l’Italie et 40% par par l’Union européenne.

  • France 3 Alpes avec AFP Publié le 30/06/2015